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The Invisible Child
Florence Reymond ose enfin s’approcher direct. C’est une des raisons pour lesquelles on la retrouve aujourd’hui en solo à la galerie Odile Ouizeman, c’est pour cette raison qu’on l’a déjà vue dans l’exposition collective Quel sens ? en mai dernier, dans la foulée on l’a bien vue dans Peinture(s) / Génération 70, à la Fondation pour l’art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon cet été, et très bien abordée à Docks Art Fair 07, foire d'art contemporain greffée pour l’occasion sur la Biennale d'art contemporain de Lyon, très bien vu de la part de tous de l’avoir choisie, bonne idée d’implantation pour les exposants et collectionneurs, pour l’échange avec le milieu de l’art et celui du marché en face, on reviendra. C’est toujours la guerre guerre, la loi des genres, y a le meilleur du pire dans les deux, évidemment.
Mais les peintures de FR, depuis un moment nous dépasse avec ce qu’il faut, provocatrice toujours, la toile est devenue progressivement le lieu de tous les fantasmes de tout le monde, partageuse, l’artiste peintre ne délire plus toute seule sur sa famille, en a fini avec ses propres projections, nous les laisse, tiens. Les sujets sont cernés, la surface brossée est de plus en plus fluo, les jouets en matière plastique pour enfants rejoignent le panthéon des pures couleurs du design année 60’, gadgets et peluches, figures et paysages se kitchisent, c’est un régal. Entre le warholien Orange Car Crash, de la série de sérigraphies sur toile d’accidents de voitures, et la peinture maniériste de l’italien du XVIe, auteur des portraits de fruits, végétaux et animaux, notre ego zigzague. FR délire enfin sur le monde, ses archives photographiques personnelles deviennent ce fond d’images média pour « trafic de signes », échange une photo d’une séance de lévitation, et la statue de pierre contre un gisant.
S’offre une érection de coucher de soleil sans rapport, séparé de sa tribu le congaceiros, la propagande guerrière qu’il symbolait dégouline, son costume de conquérant ne peut qu’illustrer le moment de la césure, les filles flirtent avec le Christ, et devant tant de séduction, la trompe de l’éléphant voit rose. La toile recueille d’impossibles scénarios, et en prend acte. J’ai tué mon père, j’ai mangé de la chair humaine, et je tremble de joie, non, le monde merveilleux n’existe pas, le style est lâché, l’idée est récurrente dans la toile, le fantasme est d’abord objet de connaissance, non, FR ne consomme pas pour autant les amours interdites, ni ne viole les règles. Le réel apparaît comme l’agent provocateur, déclenche les fantasmes, nous les offre en peinture, c’est déjà ça, la trilogie- séduction, scène primitive et castration- se trouve matérialisée et recadrée, l’accélération pop, rock et psy, vous la sentez venir, oui. Pour y faire écho, le pur film de Pasolini, Théorème, le cinéaste également partageur, fait entrer un personnage mystérieux dans une famille qui entretient des rapports sexuels avec chacun des membres, changeant radicalement leur vie, fournit au film le fantasme qu’il faut, pose l’acte charnel, transcende les lois spirituelles.
L’intention
théorique peut nous distancier de nos propres pulsions, soit, y a des
lieux faits pour ça, la toile en est un. Carrée, iconoclaste
au premier coup d’œil, la peinture de FR est en réalité
jouissive et sale, lieu de passions, rédemptrice et traitre, elle recolle
les morceaux d’une réalité devenue le contour d’elle-même,
se place entre quelque chose d’inavouable et ce que le sujet peut en
comprendre. Elle n’a plus peur de l’inconscient, partageuse, elle
nous le laisse. Rien de plus normal pour l’instant, sauf qu’au
final ressurgissent des bribes sauvages, nos yeux matent les majorettes, le
déjeuner sur l’herbe référence picturale incontournable,
côtoie Oedipe, en cadeau et punition les yeux ensanglantés, l’homme
arrive en référence cinématographique, le rêve
du maître nageur, on préfère ne pas le connaître,
ou plus tard. L’exposition Chaos, rêverie et somnifères,
est un plaisir romanesque, là où la jouissance est absurde.
Qui a dit qu’il n’y a pas de rapport entre les sexes déjà?
Céline Vanden-Bossche
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« La peinture est le lieu de la reconstitution », dit Florence Reymond. Sans doute faut-il l’entendre plutôt comme celui de la « reconstruction ». Tel qu’on dit d’un individu qu’il se reconstruit. De fait, chez elle, tout est question d’une mémoire enfouie et d’une enfance oblitérée qu’un beau jour, les hasards de la vie vont lui permettre de ramener à la surface. Si elle ne se reconnaît pas vraiment dans toutes les diapositives de famille sur lesquelles elle a mis la main, elle décide toutefois de s’en servir comme motifs de sa peinture. Elle ne se contente pas de rameuter ce réel stocké et fossilisé dans la matière translucide de la pellicule photo, elle mêle, le maille, l’intrique au présent en surface de ses tableaux dans ses compositions aux allures de puzzles innommables.
Le monde de l’enfance sur lequel elle s’appuie lui permet de jouer
d’une iconographie qui conjugue innocence festive, regards émerveillés
et cruelle insouciance à toutes sortes de références
en relation avec l’histoire de l’art. Chez Florence Reymond ,
la peinture est affaire de réminiscence pour ce que celle-ci peut être
considérée comme « l’ombre du souvenir »,
comme le dit le moraliste joseph Joubert. De fait, tout y est chez elle comme
un théâtre d’ombres en plein jour et c’est finalement
à la révélation de sa propre mémoire que Florence
Reymond assiste dès lors qu’elle se met à peindre. Surgissent
alors sur sa toile tous les fantômes qui l’ont hantée et
tous ceux qui la poursuivent, souvenirs d’enfance et d’obsessions
picturales traités à la même enseigne.
Philippe Piguet
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Des motifs pris à l’histoire de l’art, à la culture populaire, à des cartes postales ou à des photos de famille, composent la peinture de Florence Reymond. Ces fragments s’articulent de manières variées. Soit ils sont disposés dans l’espace en profondeur : entre eux se tient une distance qui laisse la possibilité de tendre un fil interprétatif. Soit ils s’entrechoquent, et l’interprétation devient plus ardue. Car dans ses œuvres, Florence Reymond tente de recoller les morceaux de sa propre enfance, dont elle a presque entièrement perdu le souvenir.
La logique des compositions est alors celle de la mémoire, faite de
précipités comme d’espaces vides. Les souvenirs ne pouvant
resurgir par eux-mêmes, l’artiste emprunte des motifs qui tentent
de colmater le blanc de la mémoire.
C’est de là justement que provient l’étrangeté
des œuvres : si chacune d’elles semble raconter une histoire, on
ne parvient pourtant pas à avoir le sentiment que les différents
éléments coexistent entre eux. L’espace qui les lie est
aussi peu compact que l’espace des rêves. Et ils se juxtaposent
sur le mode du rebus, voire du jeu de l’oie, car on saute de l’un
à l’autre sans pouvoir résoudre l’énigme.
Et de fait, les peintures de Florence Reymond, avec des parures d’indiens,
des cactus ou des corbeilles de fruits, ont, du jeu de l’oie, l’apparence
plaisante et colorée Et de même que celui-ci est ponctué
par une prison et un puits dont on ne sort pas sans peine, et même par
la mort, les peintures sont semées d’embûches et de zones
troubles : un enfant aux yeux bandés, un nez de Pinocchio, des fourrés
mystérieux.
Les couleurs vives et acidulées qui les baignent et leur confèrent
l’éclat de l’Eden ne suffisent pas à masquer l’inquiétant
blanc qui sous-tend à chaque fois les compositions, ni les angoisses
primitives, qui remontent en symboles détournés.
A.
Malherbe
Florence Reymond |